L'exposition différences, répétitions interroge le processus de création des œuvres à travers des artistes plasticiens de nationalités diverses, de la moitié du XXe siècle à aujourd'hui. Les artistes exposés développent des procédés rigoureux qu'ils expérimentent jusqu'à leurs limites. Comment, à travers un procédé itératif les différences se révèlent-elles ?

 

L'accrochage commence par deux encres d'Henri Michaux (1899-1984), Passion végétale (1955) et Trois grandes tâches (1955). Ces deux œuvres rendent visible, à travers la projection d'encre de Chine, la trace d'un geste organique : l'empreinte vivante du peintre. Henri Michaux explore le geste en évoluant vers de plus grands formats, laissant ainsi sa main s'exprimer plus librement.

 

Dans l'œuvre Chimère (1962) de Yolande Fièvre (1907-1983), le minéral rencontre l'organique. Yolande Fièvre s'apparente à une archéologue en explorant un lieu et une culture pour constituer un mirage d'argile, de bois et de cailloux. Cette vitrine illustre un paysage animé par ses témoins de voyage.

 

Pour Dora Maurer (1937-), le geste constitue le point de départ de l'expérimentation. Hidden Structures II-VIIregroupe six « dessins » réalisés entre 1977 et 1981 dans lesquels l'artiste hongroise analyse les formes à travers le mouvement. Elle explore, par le pli et le graphite, l'évolution de structures rendues visibles par des modulations méthodiques. Cette transformation interroge alors la perception de l'oeuvre.

 

Parmi les artistes représentés dans l'exposition différences, répétitions, figurent également deux figures de l'abstraction géométrique : François Morellet et Philippe Decrauzat. 

 

Morellet (1926-2016) utilise un système strict intégrant les mathématiques, où la rigueur scientifique déploie ces qualités esthétiques. Les deux tableaux présentés s'inscrivent dans la série des trames et grillages qu'il développe depuis les années 1950. L'artiste superpose des réseaux de lignes via des structures en grille, inclinées selon des angles définis. Il inclut même ce processus dans le titre de ses œuvres : Deux trames de grillage - 2 + 2 (1976) et 3 trames 0°, -22,5°, +22,5° (1971).

 

Philippe Decrauzat (1974-) crée des œuvres où la question de la perception visuelle est au centre du processus. Suzy I (2005) est une œuvre à la frontière entre abstraction géométrique et illusion d'optique qui défie notre œil. Elle apparaît comme un dessin sortant du mur, avec des lignes qui semblent être en mouvement. Une tension visuelle s'en dégage. Tel un trompe-l'œil, l'impact de l'illusion contraste avec la simplicité technique, une peinture acrylique sur toile enchâssée.

 

Untitled de Kelley Walker (1969-) est un collage de prints offset de journaux sur une sérigraphie tiré en quadrichromie. Les journaux sont minutieusement découpés laissant entrevoir la trame de sérigraphie. Ces lignes horizontales de sérigraphie, semblables à des briques, interrompent la lecture des informations. Kelley Walker cherche ainsi à réapprendre à voir l'image et à saisir les informations, à questionner sa construction et sa circulation.

 

Gil Joseph Wolman (1929-1995), fondateur du mouvement lettriste et plasticien de tradition orale, expérimente de manière radicale avec les journaux, les médias. L'Opéré du coeur (1968), exemple d'Art Scotch initié dès 1963, utilise le ruban adhésif à la fois comme outil d'impression et comme matériau structurant. Il mêle poésie du langage et matérialité brute en faisant dialoguer le lettrisme avec l'abstraction. Cette logique d'accumulation et de segmentation se poursuit dans sa période séparatiste à partir de 1977, comme avec Ich libede (1980). Assemblant des fragments de journaux et de bandes dessinées dans une multitude de cadres de diapositives, il fait dialoguer mots, couleurs et images dans une tension constante entre rupture et liaison, faisant écho au pop art américain.

 

L'exposition différences, répétitions présente une sélection d'œuvres où l'imprévu, voire l'accident créatif issu d'une succession de procédés exacerbés, est mis en lumière.